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Lundi 10 novembre 2008 1 10 /11 /Nov /2008 01:39
Mercredi 5 novembre 2008.

En consultant une des mes boîtes mails (hébergée par un serveur français « .fr »), je trouve dans la liste de spams : « Obama died of heart stroke » !

Quelle stupeur au vu de cet intitulé ! Il vient d’être élu 44ème président américain la veille !
Double-clic sur ce message exclusif. Aucune trace d’article ou de photo relatant l’état de santé de ce nouveau président.
Cet email a justement été classé par le serveur, c’est un « indésirable » : le sujet est effectivement tout autre.

Le design est psychédéliquement fluo avec trois niveaux de lecture, en anglais :

-    le premier qui saute aux yeux « -70% HUGE DISCOUNT »
-    le second présentant trois noms de marque aidés de leurs représentations au milieu de l’image
-    et le nom du site internet promettant ce rabais.
Ce message d’appel pourrait être destiné à la promotion d’un site internet vendant des bonbons ou autres douceurs ; il n’en est pas. Les noms présentés sont Cialis comprimés, Viagra capsules, Viagra pastilles ; des médicaments donc (indiqués dans les dysfonctions érectiles).

Nouvelle stupeur ! Que font ces médicaments sur internet ? Ne devraient-ils pas se trouver dans un des nombreux tiroirs à rallonge de l’officine de notre pharmacien préféré ?! Est-ce notre cher pharmacien qui imagine et diffuse ce type de message flash ? Non bien sûr, le seul site internet marchant qu’il est autorisé à créer ne peut contenir que des produits dits de parapharmacie. En parfait garant de la santé publique, il connaît la réglementation française sur le bout des doigts.


En bonne curieuse (mon cher et tendre n’a pas encore recours à ce genre de médication), je clique sur ce message captivant. L’objectif de l’annonceur est atteint.

J’entre alors sur un site internet très bien construit, très clair, avec six choix de langue (dont le français) et six choix de monnaie (dont l’euro).

D’un premier abord, il semble possible de pouvoir avoir des informations sur tous les médicaments commercialisés grâce à deux types de recherche : une recherche par première lettre de produit ou une recherche par classe thérapeutique.
A la liste de classes thérapeutiques s’ajoute un en-tête en gras : « bestsellers » ou « meilleures ventes » (en choisissant une traduction). Digne d’un conseil de notre petit libraire préféré !
En plus de cette structure, deux bandeaux promotionnels tentent l’œil : « FREE » (la traduction en français est trop mauvaise pour être précisée).

Encore une surprise ! Non seulement plus besoin de se déplacer dans une pharmacie, mais en sus de toute commande des comprimés de Viagra sont offerts ! Plus la commande importante, plus il y a de comprimés gratuits joints.


Récapitulons un premier point : la vente de médicaments hors d’un pharmacie est interdite. Les ristournes et les échantillons de médicaments sont aussi interdits en France.

Ma curiosité grandit, elle me pousse à continuer ma petite enquête. Je clique sur l’intitulé « antibiotics ». Pour mémoire ce type de médicament nécessite une prescription médicale pour être délivré.

Une longue liste apparaît : des noms que je ne connais pas en font partie. Les molécules correspondantes sont connues, elles.

Récapitulons un second point : certains médicaments ne portent pas le même nom selon les pays où ils sont commercialisés. Si moi, en France, je commande un médicament à dénomination différente de celle qui est inscrite dans l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) de l’équivalent français (c’est-à-dire même dosage, même forme galénique, même laboratoire pharmaceutique), puis-je le recevoir ? N’est-ce pas un cas d’importation de médicament ? Toute commercialisation de médicament en France doit être précédée d’une AMM française ou européenne. L’AMM fait figurer, entre autres, le nom commercial, le dosage, la forme galénique et le nom du titulaire de ce médicament.

Deuxième coquille donc.


Au sein de la liste d’antibiotiques proposée y figurent des Dénominations Communes Internationales (DCI, ou noms de molécule).

Il m’est plus facile de me repérer. Je choisis « tetracycline », illustrée de sa photo de boîte. Deux dosages sont listés avec trois contenants différents, toujours associés à des comprimés de Viagra gratuits. Le bas de la fenêtre est construit grâce à trois onglets :
-    Description du produit
Nom, indications thérapeutiques, posologies, mécanisme d’action simpliste, quoi faire en cas d’oubli de prise, conservation.
-    Informations sécurité
Contre-indications, petite phrase précisant la nécessité de voir un professionnel de santé si ce qui est mentionné arrive.
-    Effets indésirables
Liste des effets indésirables, petite phrase précisant que ce médicament doit être pris uniquement par des patients pour qui il est prescrit et « Ne pas partager avec d’autres personnes » ! Rien sur une éventuelle nécessité d’ordonnance !

Je sélectionne une boîte qui est mise automatiquement dans un panier.


Je continue mes achats.


Je clique sur « erectile dysfunction » en tête de liste, après « bestsellers ». Je choisis Viagra. Le site présente vingt-quatre choix de contenant pour trois dosages. Chaque proposition donne droit à des comprimés de Viagra gratuits.

Des onglets d’informations sont aussi consultables pour ce médicament. Les informations sécurité sont longues et une phrase précise même que les effets indésirables sont beaucoup plus fréquents chez les plus de 65 ans, il est alors conseillé de prendre un dosage inférieur. Il n’est pas mentionné la nécessité d’une ordonnance.

J’ajoute une boîte dans mon panier virtuel.


Un doute me survient. Les risques cardiaques ayant été mentionnés dans les informations produit du Viagra, je clique sur le terme « blood pressure/cholestérol » pour éclaircir mon inquiétude. Mon sentiment était bien justifié : en achetant un médicament pour réguler le rythme cardiaque (par exemple), des comprimés de Viagra sont … offerts. Pourquoi pas après tout ?!

Enfin, je termine ma petite exploration en cliquant sur « weight loss » (évidemment, je suis une fille). Surprise ! Acomplia figure en tête de liste ! Je le sélectionne en pensant être redirigée sur une fenêtre d’excuse en raison de son arrêt de commercialisation depuis l’année dernière aux États-Unis et depuis le 23 octobre 2008 en France pour des raisons de santé publique.
D’après ce site internet, il est possible de se procurer ce médicament contre l’obésité, toujours avec des comprimés de Viagra gratuits.

Mon panier se compose donc d’une boîte de tetracycline, d’une boîte de Viagra, d’une boîte d’Acomplia et de six comprimés de Viagra gratuits.

Je valide ma commande en choisissant un mode de livraison (par avion, le plus rapide soit trois semaines).

On me demande mes coordonnées, puis mes références bancaires et, seulement en dernier lieu, quelques questions sur moi et ma santé.
Genre - Âge – Poids – Taille – Contre indications dont je fais l’objet – Médicaments que je prends habituellement – Médicaments que j’ai l’intention de prendre en même temps que ceux que je commande – Allergies – Opérations chirurgicales – Autres évènements importants dans mon passé médical – Liste de pathologies que je pourrais avoir – Mentionner si je prends un dérivé nitré – Mentionner si j’ai déjà suivi un traitement pour dysfonctionnement érectile.
A aucun moment on ne me demande de prescription médicale.


La facture s’élève à plus de 125 euros. Je ne termine pas ma commande, même si je souhaiterais savoir ce que je recevrais réellement dans ma boîte aux lettres.


Je me promène maintenant dans la fenêtre FAQ (Foire Aux Questions). Je m’attarde sur une seule rubrique « products and legality » ou « produits et légalité ». Dans la version française, je compte onze questions, alors que sa traduction anglaise en donne une de moins. Où est passée l’une d’entre elles ?!

-    A la question « quels médicaments vendez-vous ? », le site répond qu’ils ne peuvent pas tout vendre car pour eux la loi exige qu’un examen physique soit effectué avant que certains médicaments ne soient dispensés. Il cite quelques hypnotiques.
-    A la question « pourquoi vos médicaments sont bon marché ? », le site précise que ces produits ne sont pas soumis à des taxes car il est vendu dans des pays où il n’est pas référencé (absence d’AMM ?!). Il rappelle qu’aucun travail d’enfant n’est utilisé.
-    A travers la question « est-ce que la FDA (Food and Drug Administration) approuve ? », le site indique sur les médicaments qu’il vend sont fabriqués et importés d’Inde.
-    La question supplémentaire en français est « où vos docteurs sont-ils autorisés ? ». Voici la réponse qui rassure surement les français : « ils sont autorisés aux États-Unis. Ce sont uniquement des docteurs certifiés en conseil et des pharmaciens autorisés aux États-Unis. »

Dernier récapitulatif : la notion de contrefaçon est naturellement évoquée. D’autant que l’Asie excelle en contrefaçon de médicament.
Comment ce site peut me rassurer sur la qualité des médicaments que je souhaite commander ? Il énonce lui-même l’Inde comme son fournisseur unique.


Mon enquête se termine avec une brève recherche sur la toile mondiale de ces sites marchands de médicaments. La liste est très longue. Beaucoup de sites sont fermés (officiellement), ils ont changé d’adresse URL. La majorité de ces sites sont domiciliés au Canada ou en Australie. Ils ne devraient pas être consultables dans les pays qui ne suivent pas la même réglementation sur les produits de santé et sur la vente en ligne.

Sur certains d’entre eux, il est possible de commander des substances classées comme stupéfiantes, telles que la morphine, la buprénorphine ou le fentanyl, selon leur DCI et leur dénomination commerciale. La vente est libre et ne requiert aucune ordonnance. La seule condition est de renseigner ses coordonnées bancaires.


A
insi, à condition d’avoir un peu de sous en poche, il apparaît très simple, en France, d’acheter ses médicaments sur le réseau mondial, sans même sortir de chez soi pour consulter un médecin et rencontrer un pharmacien. Des sites garantissent même de « déguiser le contenu réel de votre paquet pour empêcher le vol et protéger votre intimité contre les voisins fouineurs ou les membres de la famille ». Protection du consommateur ou protection du vendeur ?

Est-ce possible d’engager une confiance équivalente en la délivrance des médicaments dans les deux stratégies d’accès : comptoir officinal versus comptoir virtuel ? Que disent les réglementations française et européenne ? Qu’en est-il du bon usage du médicament ? Existe-t-il un contrôle efficient ? Ces sites ne pourraient-ils pas être la principale cible dans la lutte envers la contrefaçon des médicaments ?


Les questions suscitées par un spam d’apparence anodine sont nombreuses. Mais internet est un réseau mondial associant des ressources de télécommunication et des ordinateurs serveurs et clients, destiné à l’échange de messages électroniques, d’informations multimédias et de fichiers. Il fonctionne en utilisant un protocole commun qui permet l’acheminement de proche en proche de messages (selon www.internet.gouv.fr). Le respect des législations nationales semble donc être un facteur difficilement appréciable.

Par agathe
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Lundi 30 juin 2008 1 30 /06 /Juin /2008 20:08
A paraître cette semaine.
Par agathe
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